Le trichoderma champignon, souvent appelé moisissure verte, est l’un des contaminants les plus fréquents en myciculture. Il appartient au genre Trichoderma, un groupe de champignons présents naturellement dans les sols, les composts, le bois en décomposition et beaucoup de substrats lignocellulosiques.
Mais voilà ce que beaucoup de cultivateurs découvrent trop tard : quand vous voyez du vert, le problème a souvent commencé 24 à 72 heures plus tôt, sous forme de mycélium blanc difficile à distinguer du mycélium cultivé. Je vais donc vous montrer comment le reconnaître, quoi faire immédiatement, et comment réduire les récidives.
- Ce qu’est vraiment le Trichoderma.
- Comment il attaque le mycélium des champignons cultivés.
- Quels paramètres favorisent la moisissure verte.
- Que faire si vous voyez du Trichoderma sur un substrat.
- Comment limiter les contaminations lors de l’inoculation, de l’incubation et de la fructification.
Qu’est-ce que le Trichoderma ?
Le genre Trichoderma a été décrit par Persoon en 1794. Sa taxonomie a beaucoup évolué : on ne parle plus seulement de 89 espèces, chiffre devenu trop ancien. Les bases taxonomiques et les synthèses récentes recensent désormais plus de 400 espèces ou enregistrements, avec de nombreuses espèces cryptiques difficiles à identifier sans analyse moléculaire.
En culture de champignons, ce détail compte peu au quotidien : sur le terrain, ce que vous voyez, c’est surtout une moisissure verte rapide, agressive et très sporulante. Elle ne produit pas de carpophores comme les champignons cultivés, mais elle colonise le substrat, concurrence le mycélium et peut bloquer une culture entière.
Lors de son développement, le Trichoderma produit d’abord un mycélium blanc. C’est précisément le piège : au début, il peut ressembler à un mycélium de pleurote, de shiitaké ou d’autre espèce cultivée. La couleur verte apparaît surtout quand le champignon sporule, c’est-à-dire lorsqu’il produit ses conidies, les spores asexuées qui vont se disperser très facilement.

Comment le Trichoderma attaque vos cultures ?
Compétition pour l’espace
La première arme du Trichoderma, c’est sa vitesse. Plusieurs souches peuvent atteindre une croissance de 20 à 30 mm par jour dans de bonnes conditions, parfois davantage selon l’espèce, la température et le milieu de culture.
En comparaison, un Pleurotus cultivé peut avancer autour de 7 à 10 mm par jour selon la souche et le substrat. Sur un sac mal pasteurisé ou trop humide, le rapport de force tourne donc vite en faveur de la moisissure verte.
Production de composés antifongiques
Lorsqu’il se développe, le Trichoderma relâche des métabolites antifongiques capables d’inhiber d’autres microorganismes. Sur un substrat déjà contaminé, il n’y a généralement pas de retour en arrière fiable pour le mycélium cultivé.
C’est aussi pour cette raison que certaines souches de Trichoderma sont utilisées en agriculture comme agents de biocontrôle. Les formulations à base de Trichoderma font partie des biopesticides microbiens les plus étudiés, avec des usages contre plusieurs champignons pathogènes des plantes. En myciculture, le même avantage devient un problème : il attaque vos champignons cultivés au lieu de les protéger.

Production d’enzymes
Comme beaucoup d’autres champignons, le Trichoderma produit des enzymes. Les cellulases lui permettent de dégrader la cellulose, et certaines souches sont d’ailleurs sélectionnées industriellement pour produire ces enzymes à grande échelle.
La moisissure verte produit aussi des chitinases. C’est un point clé : la paroi cellulaire des champignons cultivés contient de la chitine. Le Trichoderma peut donc devenir mycoparasite, c’est-à-dire parasiter directement d’autres champignons.
Paramètres favorables au Trichoderma champignon
Retenez cette règle : le Trichoderma profite des substrats humides, riches, tièdes et mal protégés biologiquement. Les valeurs exactes changent selon les espèces, mais les tendances sont très utiles pour piloter vos cultures.
| Paramètre | Zone favorable au Trichoderma | Point de vigilance en myciculture |
|---|---|---|
| pH | Souvent bon développement entre pH 4 et 7, certaines souches tolèrent plus large | Les substrats acides ou mal tamponnés favorisent la moisissure verte |
| Température | Développement fréquent entre 15 et 35 °C, optimum souvent autour de 25 à 30 °C | Un sac en incubation peut monter à 28 à 30 °C par thermogenèse |
| Eau disponible | Forte activité de l’eau, substrat détrempé ou mal égoutté | L’eau libre au fond du sac augmente le risque |
| Nutrition | Sucres simples, céréales, supplémentation azotée, particules fines | Plus le substrat est riche, plus l’hygiène doit être stricte |
| C/N | Développement facilité sur milieux riches en azote, parfois autour de 20:1 à 45:1 selon les études | Les substrats très supplémentés contaminent plus facilement |
Les facteurs principaux sont donc :
- Le pH du substrat, surtout s’il reste acide ou neutre.
- La température d’incubation, notamment au coeur des sacs.
- L’activité de l’eau, surtout si le substrat est trop mouillé.
- La disponibilité en nutriments, en particulier sur grains, son, céréales et substrats supplémentés.
Que faire si je vois du Trichoderma sur mon substrat ?
C’est la question que tout le monde se pose quand une tache verte apparaît. Je vais être direct : un substrat vert est rarement récupérable. Votre objectif n’est pas de sauver héroïquement un sac perdu, mais d’éviter que les spores contaminent toute votre zone de culture.
- Isolez immédiatement le sac ou le pain. Ne le secouez pas, ne l’ouvrez pas dans votre espace propre.
- Fermez-le dans un second sac si possible. Une zone verte poudreuse libère des spores très facilement.
- Sortez-le de la salle d’incubation ou de fructification. Faites-le avant de manipuler vos sacs sains.
- Nettoyez les surfaces proches avec un détergent, puis un désinfectant adapté à votre matériel.
- Vérifiez le lot complet : même substrat, même grain, même session d’inoculation, même zone d’incubation.
Attention : ne grattez pas une tache verte en espérant sauver le pain. Vous dispersez les spores, vous contaminez vos gants, votre plan de travail, vos filtres et parfois toute votre pièce.
Dans quelques cas très limités, sur un bloc de fructification déjà presque terminé, certains cultivateurs coupent une zone contaminée à l’extérieur de la salle et récoltent le flush en cours. Personnellement, je le déconseille aux débutants. Le risque de récidive et de dispersion est souvent supérieur au gain de quelques champignons.
Lutter contre le Trichoderma en myciculture
Le substrat est l’une des sources principales de contamination, surtout lorsqu’il contient des carbohydrates, c’est-à-dire des sucres et molécules facilement assimilables par les microorganismes. Fletcher et ses co-auteurs l’avaient déjà montré dans leurs travaux sur les maladies des champignons cultivés.
Plusieurs espèces de Trichoderma peuvent contaminer un substrat. Le risque dépend de l’origine de la matière première, de son stockage, de son humidité, du traitement thermique et de la qualité de l’inoculation.
La contamination est le résultat de deux éléments : l’inoculum initial, c’est-à-dire la quantité de spores présentes au départ, et la capacité du contaminant à se développer rapidement sur votre substrat.

Le pH du substrat
Le Trichoderma se développe bien dans des substrats acides à neutres, souvent autour de pH 4 à 7. C’est pour cette raison que la pasteurisation alcaline à la chaux peut fonctionner sur certains substrats simples.
Avec un bain de chaux éteinte, l’hydroxyde de calcium, le pH peut monter pendant quelques jours autour de pH 9 à 10. Cela donne une avance aux espèces à colonisation rapide, notamment certains pleurotes.
Attention cependant : cette méthode doit rester cohérente avec l’espèce cultivée. Si votre champignon supporte mal les milieux basiques, le traitement le pénalisera aussi.
La température du substrat
En incubation classique, beaucoup de cultivateurs visent 21 à 25 °C. Sur le papier, c’est correct. Le problème, c’est que le coeur d’un sac dense peut prendre 2 à 5 °C de plus par activité métabolique du mycélium.
Si votre pièce est à 25 °C, l’intérieur d’un gros sac peut donc approcher 28 à 30 °C, une zone très favorable à plusieurs souches de Trichoderma. Je vous recommande de mesurer la température au niveau des sacs, pas seulement l’air de la pièce.
Pour certaines espèces comme Pleurotus ostreatus ou Flammulina velutipes, une colonisation plus fraîche, autour de 8 à 12 °C, peut ralentir la moisissure verte. C’est une stratégie utile dans certains contextes, mais elle allonge aussi la durée de colonisation.
L’activité de l’eau
L’activité de l’eau ne correspond pas seulement à la quantité d’eau totale dans le substrat. Elle décrit surtout la quantité d’eau disponible pour les microorganismes. Un substrat détrempé, mal égoutté ou compacté devient plus favorable aux contaminations.
Si la contamination démarre souvent par le bas du sac, là où l’eau stagne, c’est un signal clair. Votre substrat est probablement trop humide ou mal égoutté après pasteurisation. Sur paille, je préfère viser un substrat humide mais qui ne relâche pas d’eau en filet quand vous le pressez fortement à la main.
Influence du traitement du substrat
Beaucoup de traitements de désinfection sont appliqués aux substrats lignocellulosiques : pasteurisation à l’eau chaude, vapeur, chaux, stérilisation en autoclave ou cocotte pression. Le but est de réduire l’inoculum de départ, c’est-à-dire la quantité de spores et microorganismes indésirables présents avant l’ensemencement.
Mais aucun traitement ne protège un substrat si vous réintroduisez un contaminant après coup. Une mauvaise manipulation, un grain contaminé, une pièce sale ou une incubation trop chaude peuvent suffire.

Augmenter le C/N du substrat
Une première piste consiste à utiliser des substrats avec un rapport C/N élevé. La sciure de chêne, par exemple, peut dépasser 200:1 selon son origine. Elle contient moins de nutriments immédiatement disponibles qu’un mélange fortement supplémenté.
Attention : si la charge en spores est forte, même un substrat pauvre peut contaminer. Et lorsque le champignon cultivé commence à dégrader la lignine et l’hémicellulose, il libère progressivement des composés plus accessibles. La moisissure verte peut alors profiter d’une faiblesse du bloc.
Retenez cette règle : plus un substrat est supplémenté, plus votre traitement et votre inoculation doivent être propres.
Stérilisation
Lorsque vous fabriquez des substrats de colonisation à base de grain, le risque vient souvent d’un contaminant introduit après stérilisation. La stérilisation crée un vide biologique : si du Trichoderma entre ensuite, il trouve un milieu riche, humide et peu concurrencé.
La réduction de la flore microbienne naturelle augmente donc les conséquences d’une erreur d’asepsie. C’est pour cela que le travail propre, la qualité du mycélium et la maîtrise de l’inoculation sont décisifs sur grain.
Des bactéries peuvent inhiber la croissance de Trichoderma en produisant des composés organiques volatils ou des antibiotiques naturels. Certaines espèces du genre Pseudomonas ont été identifiées comme antagonistes de Trichoderma spp., notamment dans des travaux comme ceux d’Ellis et de ses co-auteurs.
Dans le cas d’un substrat naturellement chargé en spores, une super pasteurisation peut être préférable à une stérilisation complète. Elle correspond à une pasteurisation vapeur autour de 85 à 95 °C pendant 12 à 24 h, sans pression. Elle réduit davantage les spores tout en conservant une partie des organismes thermophiles qui participent à l’équilibre biologique du substrat.
Pasteurisation
La pasteurisation classique ne produit généralement pas de pousse massive de Trichoderma si elle est bien menée. À 60 à 80 °C, les matières du substrat sont moins fragmentées que lors d’une surcuisson, et relâchent moins de nutriments immédiatement assimilables.
Si le substrat est suspecté de contenir une forte charge de spores, il vaut parfois mieux pasteuriser de manière plus douce, par exemple autour de 60 °C pendant 30 à 60 minutes, plutôt que de cuire trop fort et trop longtemps un substrat simple. Le bon choix dépend de votre matière première, de sa granulométrie et de son niveau de supplémentation.
Comme nous l’avons vu plus haut, la pasteurisation à la chaux peut être une bonne méthode pour des substrats simples comme la paille, surtout avec des espèces tolérantes aux pH basiques.
Attention : un substrat naturellement très contaminé diminue toujours vos chances de réussite, même avec une bonne technique. Dans ce cas, changer de fournisseur ou de lot de matière première règle parfois plus de problèmes qu’un nouveau protocole.
Éviter la récidive après une contamination verte
Quand une contamination revient plusieurs fois, je cherche rarement une seule cause. Je remonte toute la chaîne : matière première, hydratation, traitement, inoculation, incubation, ventilation.
- Contrôlez votre grain : un spawn légèrement contaminé peut paraître blanc puis verdir après mélange au substrat.
- Réduisez l’humidité libre : pas d’eau stagnante au fond des sacs.
- Surveillez la température interne : évitez les sacs trop serrés dans une pièce déjà chaude.
- Augmentez le taux d’inoculation sur substrat difficile : un mycélium vigoureux colonise plus vite.
- Nettoyez entre les lots : tables, poignées, étagères, bacs, humidificateur et sol.
- Écartez les lots douteux : ne mélangez pas un grain suspect avec un substrat sain.
Ma règle terrain est simple : si 2 sacs d’un même lot verdissent, j’analyse le lot entier. Si 30 à 50 % des sacs sont touchés, je ne perds pas de temps à sauver les unités une par une. Je corrige le protocole avant de relancer.
Questions fréquentes sur le Trichoderma
Comment reconnaître le Trichoderma sur un substrat ?
Au début, le Trichoderma forme souvent une zone blanche, dense et parfois plus cotonneuse que le mycélium cultivé. Ensuite, elle devient verte quand elle sporule. Une tache verte poudreuse sur un substrat est un signal très fort de moisissure verte.
Peut-on sauver un pain contaminé par le Trichoderma ?
Dans la majorité des cas, non. Si le vert est visible, la contamination est déjà installée. Le meilleur geste consiste à isoler le pain, le sortir de la zone de culture et nettoyer les surfaces. Sur un bloc presque fini, vous pouvez parfois récolter loin de la zone propre, mais je ne recommande pas cette pratique aux débutants.
Comment éviter que le Trichoderma revienne ?
Travaillez sur les causes répétables : substrat bien égoutté, traitement thermique adapté, grain sain, inoculation propre, incubation sous 25 °C dans l’air et bonne circulation autour des sacs. Si la récidive touche toujours le même substrat, changez de lot ou de fournisseur.
Le Trichoderma est-il dangereux pour la santé ?
Pour la plupart des personnes en bonne santé, le Trichoderma est surtout un problème de culture. Mais ses spores peuvent irriter les voies respiratoires, surtout en grande quantité ou chez les personnes sensibles. Évitez d’ouvrir un sac vert en intérieur, portez au minimum un masque adapté si vous devez le manipuler, et ne travaillez jamais un substrat sporulant dans votre espace propre.
Le Trichoderma champignon n’est pas seulement une tache verte à retirer. C’est un indicateur de faiblesse dans votre chaîne de culture. Chaque contamination vous donne une information : trop d’eau, trop chaud, substrat trop riche, traitement insuffisant ou inoculation pas assez propre.
Pour aller plus loin sur les gestes propres, la préparation du substrat et la prévention des contaminations, c’est exactement ce que je détaille dans la formation MYCO START, avec des protocoles simples à appliquer dès vos premières cultures.

Bonjour ,super article ,Vraiment merci pour tes explications car la dernière fois que j’ai fait une culture de pleurotes , je crois que j’ai perdu 2/3 a cause de Trichoderma . Cela m’aidera probablement pour géré mon substrat .
Merci de ton commentaire Roro 🙂
Salut, merci pour ton article et ton travail, tu es le seul francophone à ma connaissance à donner de vrais informations en mycologie appliquée, c’est précieux pour tout ceux qui n’ont pas accès à la langue de Shakespeare.
Oui, petite question :
Erreur de débutant dans ma jolie tente de 2x2x2m j’ai posé des étagères avec des placards en bois aggloméré, puis après 2 mois, TOUTS mes placards ont sporulé durant la même nuit, certainement du Trichoderma, on aurait dit qu’il avait lu « l’art de la guerre » 😉
La question est : La tente est-elle récupérable, où la teneur en spores dans les coutures, etc., la rend inutilisable long terme comme salle de fructification? Si l’on peut la récupérer, quelle est la meilleure méthode ? Eau de javel, vinaigre, bicarbonate de soude ? Merci infiniment ! Floyd
Salut, Merci beaucoup pour ce commentaire! je pense que c’est récupérable ! Deux bons lavages au javel diluer à 10%, espacés de 24h 🙂
Pour ce qui est des étagères, je te conseil des étagères « creuses » type grillage pour que l’humidité et l’air puissent mieux être homogénéisés à l’intérieur de ta chambre de culture.
Très instructif. Merci.
Merci pour le commentaire ! 🙂
Merci Andréas, c’était super intéressant <3 Captivant !
Bonjour Marion,
Merci beaucoup de ton message ! <3 🙂
Andréas
Merci beaucoup pour l’article, j’ai utilisé certaines de ses informations dans ma mémoire de fin d’études
Bonjour,
Merci beaucoup cela me touche 🙂
Bonjour merci pour les infos ma question : est ce que possible de faire une culture de trichoderma et l’introduire dans le compost pour l’enrichir et pour lutter contre quelques parasites du sol ?
Bonjour, je n’ai pas de protocole à vous proposer, mais cela doit pouvoir être réaliser en effet.
Bonjour Andréas,
J’ai du Trichoderma sur ma culture de champignon sur buche,
À ton avis, est-ce que je dois me débarrasser des buches atteintes?
Petit problème, j’en ai un paquet et elles ne sont pas légères! Merci d’avance pour ta réponse 😉
Hello Sarah,
Normalement oui c’est préférable. Mais si c’est pour ta consommation personnel cela ne gène pas trop d’avoir des pertes, mais attention les anciennes buches peuvent contaminer les nouvelles 🙂
Merci pour ta réponse 😉